Je viens de découvrir que je suis enceinte
et je suis victime de violences,
Comment réagir ?

Subir des violences, de quelque nature qu'elles soient (physiques, psychologiques, dépendance financière...) n'est une preuve de manque de force de caractère, de volonté ou d'intelligence : cela peut arriver à n'importe qui quelles que soient ses qualités, sa personnalité et ses valeurs. Être au courant des mécanismes de violences n'en protège pas forcément.

Rien ne donne le droit à personne de vous faire du mal. Personne ne mérite de subir des violences. Vous avez le droit de réclamer de l'aide et du soutien, qui que vous soyez.

Enceinte et victime de violences, vous  n'êtes pas seule !

Quelqu'un chuchote dans une grande oreille

Être victime de violences est par définition gros facteur de vulnérabilité. Qu'il s'agisse de coups, de viols, d'emprise mentale ou matérielle, vous êtes fragilisée par la (ou les) personne qui vous fait du mal. Sachez aussi que ces violences sont pénalement répréhensibles et que leurs auteurs risquent une condamnation en justice si vous décidez de porter plainte.  

Se découvrir enceinte dans ce contexte peut être une épreuve supplémentaire difficile à affronter.  La grossesse est parfois un déclencheur ou un accélérateur de violences conjugales. Cela ne signifie en aucun cas que vous êtes responsable de ce qui vous arrive. La personne violente reste seule responsable de ses actes. 

Il est plus difficile d'exercer sa liberté de choix quand on subit des violences . Retenez que si la (ou les) personne qui vous fait du mal est au courant de votre grossesse,  vous ne lui devez aucune part de votre décision sur l'avenir de celle-ci, même s'il s'agit de votre partenaire ! Aucune tentative de pression n'est admissible et vous êtes parfaitement légitime à rechercher de l'aide pour échapper à cette violence supplémentaire. 

La seconde difficulté spécifique à la grossesse dans un cadre de violences, c'est de maintenir un suivi médical correct et sécurisé. Si vous souhaitez ou devez mener à terme votre grossesse, il faut également songer à votre protection et à celle de l'enfant à naître à long terme.

Les professionnels de santé

Plus que jamais, vous aurez besoin de l'aide de personnes de confiance, notamment au niveau des professionnels de santé, qui peuvent vous offrir un terrain neutre et des informations pour avancer sur votre réflexion et vous accompagner dans la réalisation de votre choix.  Il est souvent difficile d'évoquer des violences subies auprès d'un soignant, pour tout un tas de raisons tout à fait compréhensibles. Sachez néanmoins que ce dernier sera soumis au secret médical et donc tenu de garder vos échanges confidentiels (Source : Service-public). De plus, plus un professionnel du soin a de connaissances sur vos besoins et attentes, mieux il peut normalement adapter son suivi et sa prise en charge.  

Si malgré tout vous ne souhaitez pas parler précisément de votre situation, ce qui est votre droit le plus strict, n'hésitez pas à donner autant d'informations que vous l'estimez possible sans vous sentir en insécurité. Enfin, il est possible qu'on vous fasse de nouvelles injonctions en toute bonne foi, par exemple à porter plainte ou à initier d'autres démarches. Selon ce que vous vous sentez capable de faire, vous pouvez adhérer à ces propositions et, là encore, solliciter un appui auprès des professionnels. Vous êtes tout autant légitime à dire que vous n'êtes pas, ou pas encore, désireuse d'entamer de telles procédures, sans avoir à vous en justifier.

Les associations

Vous pouvez également demander le soutien d'associations dédiées à la lutte contre les violences. Vous pouvez par exemple appeler le 3919 afin d'exposer votre situation à des écoutantes formées, qui sauront vous offrir un espace de parole et, si vous le désirez, vous orienter au mieux vers les structures adaptées pour vous assister.

Attention, ce numéro n'est pas à utiliser en urgence au moment d'une agression, ce numéro ne peut vous envoyer directement des intervenants. Pour cela, il faut vous retourner vers le 17 (Police Secours). De nombreux retours montrent certes que la réaction de ce service public n'est pas toujours effective mais d'une part, certains (beaucoup ?) prennent leur mission à coeur et eux ont les moyens techniques d'intervenir !

Vous pouvez également vous diriger rapidement au Planning Familial (à ne pas confondre avec les centres de plannification) où des sages-femmes, des intervenants sociaux et des médecins peuvent essayer de trouver des solutions pour vous protéger au mieux et vous donner les informations nécessaires pour mener votre réflexion dans un cadre plus sécurisant. Le site du Planning a d'ailleurs une page dédiée aux violences sous toutes leurs formes ( ICI )

Le Planning Familial a une ligne de militantisme particulièrement dédiée au droit et à l'accès à l'IVG, ce qui est ogique quand on songe aux difficultés rencontrées parfois par les personnes qui veulent y recourir. Néanmoins, rien ne vous empêche d'aller vers cette structure si vous envisagez de poursuivre votre grossesse en vue de confier le bébé à l'adoption ou de l'élever. Les soignants militants et intervenants sociaux pourront vous conseiller sur le suivi de votre grossesse tout autant que sur les mesures à mettre en place pour vous protéger.

L'entourage

En dehors des soignants et militants, peut-être avez-vous dans votre entourage familial, amical voire même professionnel des personnes fiables pour vous écouter, vous soutenir et pourquoi pas vous accompagner lors de démarches difficiles ? L'avantage des proches de confiance, c'est qu'ils ont en géérale plus de connaissances sur vous et votre vécu et peuvent proposer des solutions (d'hébergement temporaire, de mise en sécurité...) que ne pourraient pas facilement mettre en place vos autres interlocuteurs. Vous pouvez vous sentir mal à l'aise à l'idée d'impliquer ces personnes dans vos difficultés. Rappelez-vous pourtant que si  quelqu'un vous offre son appui,c'est qu'il estime être en mesure de le faire !

La police

Si vous êtes victime de violences, qu'elles soient exceptionnelles, ponctuelles ou régulières, vous êtes légitime à porter plainte et à  réclamer justice et protection. Comme nous l'avons dit plus haut, vous n'avez aucune obligation de faire cette démarche. Elle peut être coûteuse à plusieurs niveaux : argent, temps, énergie, etc... Pourtant, retenez que votre (ou vos) agresseur est fautif aux yeux de la loi et risque une condamnation tant au civil qu'au pénal.

Porter plainte est une étape difficile : la police enquête à charge et à décharge et l'Officier de police judiciaire vous posera donc des questions difficiles ou qui pourront  vous mettre mal à l'aise ou vous fragiliser davantage. Pour ne rien arranger, les préjugés sont légion dans le domaine des violences faites aux femmes et certains professionnels ont des attitudes plus que discutables face aux victimes. Mais ce dernier point n'est pas une fatilité ! Au contraire, la prise en charge policière comme judiciaire peut être adéquate, respectueuse et soutenante.

Sachez dans tous les cas que la police n'a pas le droit vous refuser l'enregistrement d'une plainte tant que celle-ci désigne des faits légalement répréhensibles.

Le cas particulier de la grossesse issue d'un viol 

Une personne enceinte sur fond de coucher de soleil

Le viol est une pénétration sexuelle de quelque nature que ce soit (orale, anale, vaginale...) imposé par contrainte, menace, violence ou surprise (source : Legifrance) Qu'il ait lieu au sein du couple ou dans d'autres circonstances, le viol est un crime puni de 15 ans d'emprisonnement hors circonstances aggravantes selon le code pénal français. Le seul et unique responsable de cet acte est son auteur.

Si  une grossesse survient à cause d'un viol, la loi française ne reconnaît actuellement pas cette conséquence comme une circonstance aggravante. En revanche, si vous subissez un ou des viols lorsque vous êtes enceinte et que l'agressseur est au courant de votre état, le droit dit explicitement que le crime est aggravé  (Source : Legifrance ). Le viol est une atteinte importante qui peut entraîner des  conséquences tant physiques que psychiques à court, moyen et  long terme. Sur cette page, nous nous intéresserons uniquement aux les  interactions entre viol et grossesse.

Vous avez subi un viol et craignez la survenue d'une grossesse

Après avoir subi une agression sexuelle ou un viol, vous pouvez vous présenter aux urgences les plus proches pour être prise en charge. On vous y proposera bien entendu des soins de première intention, mais aussi d'évaluer votre état physique et psychique, d'initier un traitement contre d'éventuelles IST/MST et d'effectuer des prélèvements gynécologiques au cas où vous souhaiteriez porter plainte. Enfin, vous pouvez y entamer un accompagnement médico-social pour vous permettre de traverser cette épreuve.

Si vous craignez de tomber encceinte, vous pouvez recourir à une contraception d'urgence. La contraception orale d'urgence, autrement appelée pilule du lendemain, peut être prise jusqu'à 72h après les faits. Elle est en vente libre en pharmacie et gratuite pour les personnes mineures. Vous pouvez également vous faire poser un serilet jusqu'à 5 jours après les faits. Pour plus de précision sur les méthodes de contraception d'urgence, vous pouvez vous reporter ICI.

Nous vous conseillons vivement de faire un test de grossesse trois semaines après votre agression malgré ces précautions, et  d'autant plus si vous avez été empêchée de vous protéger.

Rappelons que vous n'êtes en aucun cas en faute si quoi que ce soit vous a retenue de réagir à temps.

Vous découvrez votre grossesse suite à un viol

Comme toujours, le choix de l'issue de votre grossesse n'appartient qu'à vous en dernier ressort. Vous pouvez décider de recourir à une IVG ou de poursuivre votre grossesse pour confier l'enfant à l'adopton ou l'élever. Si vous désirez plus de précisions sur chacune de ses issues, vous pouvez consulter notre rubrique "Le choix".

Par ailleurs sachez que même si vous désirez avorter, vous pouvez réclamer un test ADN sur l'embryon extrait de votre corps en vue d'établir légalement la réalité des conséquences du viol.

Enfin, au vu du net potentiel traumatisant d'un viol, n'hésitez pas à solliciter un accompagnement  par des professionnels de santé de confiance, des associations ou votre entourage fiable afin de mener votre réflexion dans un cadre sécurisé et soutenant . Vous êtes parfaitement légitime à réclamer de l'aide et ce n'est pas une preuve de faiblesse.

Une idée reçue à combattre

Si vous êtes victime de violences/viols, n'hésitez pas à aller regarder sur notre page Ressources extérieures pour trouver des sites et informations utiles.

Une idée fausse circule au sujet de la grossesse issue d'un viol et est parfois reprise par des militants anti-ivg : le traumatisme engendré par le viol inhiberait la fertilité et entraînerait un mécanisme hormonal  toute survenue d'une grossesse. C'est parfaitement faux. Aucune étude sérieuse n'a démontré ce phénomène. Au contraire,  nous vous proposons deux sources évaluant cette problématique ICI et ICI.

Par ailleurs  les protocoles médico-légaux sur la prise en charge de victimes de violences sexuelle donnent des consignes aux professionnels de santé pour évaluer le risque de grossesse consécutive à un viol et le gérer.

De nombreux cas de grossesses à la suite de viol sont régulièrement évoqués dans l'actualité, notamment pour des mineurs et/ouou dans des pays ayant une législation très restrictive sur l'IVG.